Guillaume Curral : "Nous avons besoin de développer une véritable culture de la prévention qui intègre le sport"
En mars dernier, Guillaume Curral a été nommé conseiller délégué au sport, bien-être et handisport. Une nouvelle délégation créée par Stéphane Roudaut qui va comme un gant à ce jeune médecin qui incarne la conviction portée : le sport est un élément clé de la santé physique et mentale.
Derrière l'intitulé de cette nouvelle délégation se cache une ambition large : couvrir le sport santé dans toutes ses dimensions : de la prévention primaire pour le grand public éloigné de la pratique sportive, les personnes âgées, à la prévention secondaire pour limiter l’évolution de pathologie, en passant par le handisport regroupant les handicaps physiques et sensoriels et le sport adapté, englobant le handicap mental ou psychique. Une terminologie que l’élu précise par rapport au seul « handisport qui ne concerne que le handicap physique alors 80 % des handicaps sont invisibles. »
Un appel à projets inédit sur le territoire

Deux mois après la création de la délégation, un appel à projets inédit a été lancé pour soutenir et encourager le développement de projets sportifs innovants à destination de toutes personnes en situation de handicap.
Objectifs ? Lever les freins à la pratique, développer une culture inclusive au sein des clubs sportifs et favoriser les partenariats entre les associations et les structures médico-sociales.
En un mois, 10 projets ont été déposés et 8 ont été retenus, pour une enveloppe de 13 000 euros, avec des soutiens allant de 500 à 2 000 euros par projet. « Un bilan plutôt encourageant pour une première édition lancée sur un délai aussi court ».
Parmi les projets retenus, la création d’un cycle multisports à destination de jeunes majeurs en RQTH par l’ASPTT en partenariat avec la mission locale, la création d’une section para roller au Brest Roller Club, d’une section handi-fauteuil au BBH ou encore la mise en place d’actions de sensibilisation par l’ESL Volley.
Des projets aussi variés que prometteurs, tous tournés vers un même but : que le handicap ne soit plus une barrière à la pratique sportive.
Développer une culture de la prévention
Au-delà du handisport, l’objectif est aussi de structurer le sport santé sur le territoire. Des subventions ont ainsi été reconduites pour l'UFOLEP, acteur majeur du sport santé local. « Avec Laurent Guillevin adjoint à la santé et au bien vieillir, nous avons aussi le souhait de mener un travail de fond avec le CHU, l’UBO et le CHEM » (Collège des hautes études en médecine), acteurs incontournable de la formation continue du médical et du para-médical.
« Notre système de santé est basé sur la thérapeutique, sur les médicaments. Il est très performant pour traiter, un peu moins pour prévenir. Il est essentiel de sensibiliser et développer une véritable culture de la prévention. »
D'où l'idée de sensibiliser les médecins à prescrire du sport. « Les médecins, à mon sens, n'ont pas encore la pleine la culture de la prescription du sport. » L’idée de Guillaume Curral, proposer via l’UBO ou le CHEM, des journées de formation consacrées aux bienfaits du sport (APA, sport adapté, handisport) pour les différentes pathologies.
Une expérimentation brestoise qu'il aimerait conduire, en réfléchissant à la fois au contenu des formations et aux moyens d'inciter les confrères mais surtout généralistes — qui sont au premiers plans, le premier contact du patient, les premiers prescripteurs chaque jour — qui font un travail formidable déjà, et qui pourraient faire du sport un outil du quotidien.
« En parallèle, une structuration de l’offre est nécessaire, précise Guillaume Curral, afin que les prescripteurs puissent orienter vers une offre claire et adaptée. Ça ne sert à rien de proposer un club d'athlétisme haut niveau et performance à quelqu'un qui est en reprise d’activité ou convalescence, le risque de blessure ou simplement de démotivation est trop grand. Il faut flécher et organiser l'offre sur le territoire, fonction de besoin et des envies de chacun. Nous devons réaliser cette cartographie.
Notre chance est d’avoir un tissu associatif sportif exceptionnellement dense à Brest dans lequel nous développer une culture du handicap, et plus globalement de la différence, puisque nous parlons d'inclusion et de diversité. »
Le sport, un indispensable de la santé physique et mentale
Médecin de profession, Guillaume Curral a toujours fait du sport : de l’escrime pendant 12 ans à la Rapière de Brest, de la planche à voile au moulin blanc, du judo 5 ans, du Tennis au TCB, du Rugby au BUC au kerzu, du foot associatif étudiant pendant ses études, et de la course à pied depuis 14 ans, en club depuis 2 ans au stade brestois athlétisme.
"Je suis sportif, et je l’étais déjà avant d'être médecin ! Cette délégation fait donc sens pour moi, je me sens à ma place car moi-même convaincu depuis toujours des bienfaits du sport sur la santé."
Si la partie handisport est un domaine qu'il découvre sur le plan technique, mais la conviction est la même, « les personnes en situation de handicap doivent pouvoir faire du sport. Les freins à la pratique les privent d’une source de bien-être et d’équilibre encore plus essentielles pour elles ».
Car si le sport est bon pour le corps, il l’est aussi et surtout pour la santé mentale, « c’est une dimension qui me tient à cœur » souligne l’élu.
Les liens entre sédentarité, inactivité physique et santé mentale ne sont plus à démontrer : plusieurs travaux scientifiques établissent un risque accru de troubles dépressifs, anxieux ou de burn-out chez les personnes les moins actives, en particulier chez les jeunes.
Il est aussi prouvé que les enfants qui bougent régulièrement présentent une meilleure santé mentale à l'adolescence, et de meilleurs résultats scolaires, et les adolescents qui pratiquent une ou plusieurs activités sportives deviennent des adultes plus épanouis et sereins.
« La capacité cardio-respiratoire est aussi un déterminant de la condition physique individuelle, précise Guillaume Curral. Plus elle est élevée, meilleure est la santé globale et en particulier la santé mentale — et ce, à tout âge. À l'inverse, les personnes présentant une faible activité physique affichent un risque plus élevé de développer des troubles dépressifs ou anxieux. Or, la seule façon d'améliorer sa capacité physique, c'est de bouger. Notre responsabilité est donc permettre à toutes les personnes de faire de l’activité physique quelles que soient ses différences. »
