Laurent Guillevin : "La prévention est le fil rouge de notre politique de santé"
Dernière mise à jour : 30 sept.
Du 18 au 25 septembre, l'Hôtel de Ville, la place de la Liberté, la Tour Tanguy et le pont de Recouvrance étaient pour la première fois parés de rouge. Une mise en lumière symbolique en soutien à Septembre rouge, campagne nationale de sensibilisation aux cancers et maladies du sang. L’occasion d’interroger Laurent Guillevin, adjoint à la santé et au bien vieillir, sur les grandes orientations de son mandat en grande partie basée sur la prévention.

Une nouvelle histoire pour Brest : Brest rejoint pour la première fois Septembre Rouge. Pourquoi cette décision, et que représente pour vous cette mobilisation ?
Laurent Guillevin : C’est une décision forte, qui s’inscrit pleinement dans la philosophie de notre mandat. Septembre Rouge, c’est bien plus qu’une campagne de sensibilisation : c’est un rappel que la santé publique doit être une priorité absolue. Les cancers du sang, comme les leucémies ou les lymphomes, sont des maladies graves, mais on peut agir en amont, que ce soit par la prévention, le dépistage ou la recherche.
Au-delà du symbole, cette action s’inscrit dans une démarche globale.
Mon mandat, c’est avant tout la prévention. Que ce soit pour les cancers, les addictions, ou les maladies liées à l’environnement, l’objectif reste le même : agir avant qu’il ne soit trop tard.
Comment cette vision se traduit-elle concrètement dans votre action ?
La prévention, ce n’est pas un simple mot d’ordre, c’est une philosophie d’action qui doit irriguer tous les domaines de la santé. Prenez le sport-santé, par exemple. Nous travaillons actuellement avec Guillaume Curral, adjoint en charge du sport adapté, et Yannick Lossouarn, adjoint aux sports pour développer avec l’Ufolep, et demain j’espère avec le CHU, à la création de programmes permettant à chacun, quel que soit son âge ou sa condition physique, d’améliorer sa forme.
L’activité physique régulière est un levier puissant contre de nombreuses maladies : diabète, maladies cardiovasculaires, mais aussi dépression ou isolement. Le sport, c’est de la prévention pure.
La prévention, c’est aussi lutter contre les addictions. Notre souhait est de collaborer avec des associations comme Addiction France, pour sensibiliser les jeunes, mais aussi les organisateurs d'événements festifs et les commerçants au risque de l'alcool. Et puis, il y a un volet que je souhaite particulièrement développer : la santé environnementale.
C’est un sujet transverse, qui touche à la fois à la qualité de l’air, de l’eau, et à l’alimentation. Saviez-vous que 40 000 décès par an en France sont liés à la pollution de l’air ? Même à Brest, où l’on pourrait croire que le vent et la mer nous protègent, nous ne sommes pas épargnés par les pics de pollution, notamment à cause des émissions des bateaux au large. Il faut que les Brestoises et les Brestoises en prennent conscience.
La santé environnementale est une innovation dans votre délégation. Pourquoi est-ce si important pour vous ?
Parce que la santé ne se résume pas aux hôpitaux ou aux médicaments. Elle est intrinsèquement liée à la qualité de notre environnement. N’oublions pas que la vie repose sur trois piliers fondamentaux : boire, manger, respirer. Ce sont des piliers sur lesquels nous pouvons agir.
Prenons l’exemple de l’alimentation. Une mutualisation plus importante des commandes de produits durables et bios via la nouvelle SPL Les Cantines du Ponant doit permettre de soutenir nos agriculteurs locaux et d’offrir une alimentation saine et équilibrée aux enfants et peut-être demain à d’autres structures.
Moins de pesticides, moins d’intermédiaires, des prix accessibles : c’est bon pour la planète, pour les producteurs et pour les consommateurs.
Pendant la campagne vous aviez évoqué l’ordonnance verte, dispositif qui vise à offrir des paniers bio aux femmes enceintes pour favoriser une alimentation saine dès les premiers jours de la grossesse. Où en est-on ?
Nous sommes en phase d’étude avec les Communautés Professionnelles Territoriales de Santé (CPTS) de Brest et d’Iroise. objectif ? Trouver le meilleur équilibre pour que ce dispositif soit à la fois efficace et juste. Je tiens à ce que cette mesure de prévention soit pensée pour toutes les femmes. Il y a évidemment la question des moyens mais on peut très bien avoir une alimentation déséquilibrée, par manque de temps ou de connaissance.
L’enfant ne choisit pas sa famille : il a droit à un bon départ dans la vie, quelle que soit la situation sociale de ses parents. C’est pourquoi je veux que ce dispositif allie équité d’information — pour toutes les femmes — et équité de moyens — avec une aide ciblée pour les plus précaires.
Votre délégation inclut aussi les seniors, un sujet sensible à Brest. Quelles sont vos priorités ?
Brest a une politique volontariste de maintien à domicile des seniors, et c’est une bonne chose. Mais il y a un risque majeur que nous ne pouvons ignorer : l’isolement. Une personne âgée seule chez elle peut rapidement perdre le lien social, et cela a des conséquences dramatiques sur la santé mentale. Or, à Brest, avec un parc immobilier souvent mal adapté — peu d’ascenseurs, des maisons individuelles — le vieillissement à domicile peut devenir un parcours du combattant. C’est pourquoi nous réfléchissons à des résidences intergénérationnelles.
Mais attention, l’intergénérationnel, ce n’est pas simplement juxtaposer une crèche et un EHPAD. Il faut aller plus loin, en imaginant des quartiers où les générations se croisent, échangent et s’entraident.

Et puis, il y a un enjeu de logement plus large. Brest manque cruellement de logements adaptés et abordables pour les seniors. On ne peut pas se contenter de dire : "Restez chez vous". Il faut anticiper les besoins, en proposant des solutions qui allient autonomie, sécurité et lien social.
Un mot pour conclure ?
S’associer à septembre Rouge a été un symbole fort, mais ce n’est qu’un début. Notre volonté politique est claire : faire de Brest une ville où la santé est accessible à toutes et tous, où la prévention est au cœur de nos actions, et où personne n’est laissé pour compte.
Que ce soit pour les cancers du sang, les addictions, la santé environnementale ou le bien-être des seniors, nous agissons. Parce que la santé, ce n’est pas seulement l’absence de maladie. C’est aussi le bien-être, la qualité de vie, et l’équité.
