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Trente jours à la tête de Brest : le premier chapitre de Stéphane Roudaut

  • 10 mai
  • 6 min de lecture

Il est élu depuis tout juste un mois et pourtant, dans les couloirs de l'Hôtel de Ville comme dans la rue, quelque chose a changé. Stéphane Roudaut, nouveau maire de Brest et président de la métropole, a pris ses marques, vite, très vite. Entre découvertes, défis et priorités, il évoque avec franchise les chantiers qui attendent la ville, de la sécurité au patrimoine, en passant par le commerce. Un ton direct, une méthode affirmée, et l’ambition assumée d’une nouvelle histoire pour Brest.


« L'accueil des agents est formidable ! ». Voilà comment Stéphane Roudaut entame le résumé de ses premières semaines en tant que maire. « Que ce soit à la mairie, à la métropole, mais également dans la rue, quand je croise des agents de la propreté ou des espaces verts. Je m'arrête, nous échangeons. Nous ne parlons jamais du passé, c’est ça qui est intéressant. Nous parlons surtout de leur métier, de leurs préoccupations et de l’avenir. Ils sont comme moi, dans une logique d'ouverture, de discussion, avec une vision positive du changement. Il y a beaucoup de monde à l’attendre.» 


Une arrivée du loup sans (ac)crocs !

« On m'avait présenté comme le loup qui arriverait en mairie créant une certaine appréhension auprès des agents » s’amuse le nouveau maire. « Les premiers instants ont permis de poser les choses calmement : pas de chasse aux sorcières, pas de volonté de tout casser, plutôt un changement de méthode, des nouvelles lignes directrices et un renouveau du projet politique.»


La méthode Roudaut : l’action !

La marque de fabrique de Stéphane Roudaut ? L’action et le rythme soutenu imposé. « Les services sont en train de s’y habituer et je crois qu’ils y adhèrent d’ailleurs. » Une méthode de travail repensée, un agenda réorganisé, des réunions cadencées. « J’arrive très tôt en mairie. Je suis seul pendant une heure et demie, ce qui me permet de lire beaucoup de choses, de m’inspirer, de saisir les enjeux. Et puis après, on met tout ça en mouvement avec les élus et les équipes ! »


La sécurité : le dossier qui ne pouvait plus attendre

« On nous a toujours présenté Brest, y compris pendant la campagne, comme une ville où tout allait bien, où il n’y avait pas de problème de sécurité, mais la réalité, est tout autre. Il y a des armes de guerre dans des coffres de voitures, dans des immeubles, et des fusillades dans les quartiers le dimanche après-midi. C'est la réalité de la ville aujourd'hui. On ne peut pas fermer les yeux. »


Le constat est posé sans détour. « Dire qu'il faut des renforts de police nationale alors que la ville affichait jusqu’ici un désintérêt, ça ne peut pas fonctionner. La logique de l'État est claire, les renforts de police nationale ne viendront que si la ville prend ses responsabilités, et c’est que je fais. »

Dès le lendemain de son élection, Stéphane Roudaut était à Paris, reçu place Beauvau par Laurent Nunez, ministre de l’Intérieur, en présence de Marie-Pierre Vedrenne, ministre déléguée chargée de la Citoyenneté qui choisira Brest quelques semaines plus tard pour annoncer le plan national de lutte contre la délinquance. 


© Cabinet du Ministère de l’Intérieur
© Cabinet du Ministère de l’Intérieur

« Que je rencontre le ministre de l'Intérieur, sa ministre déléguée, le préfet de région, le préfet, le sous-préfet ou encore le président du département, tous me disent qu’ils vont nous accompagner. Parce qu’ils ont conscience du retard et de l’urgence, mais ils attendent aussi que la Ville s’empare du sujet. ».


La police municipale : une réalité dès le mois de juin

« Nous avons besoin d’une police municipale dont le rôle premier est la proximité mais qui peut aussi se retrouver face à la délinquance et à une criminalité armée. Je suis toujours resté sur la même ligne directrice depuis mon entrée en campagne. Je n'ai pas changé d’avis. Imaginer laisser des agents, dans la rue, avec un bâton télescopique ou une bombe lacrymogène, ce n'est pas sérieux ni responsable. » 


Lors du conseil municipal du 16 avril, soit trois semaines après l’installation des élus, le maire annonce la création de la police municipale pour juin et l’arrivée des premiers effectifs avant la fin de l’année. 


« La police municipale viendra travailler main dans la main avec la police nationale. Elle se focalisera sur les missions du quotidien pour que la police nationale puisse se consacrer à la lutte contre la criminalité. La proximité à la police municipale, la grande délinquance à la police nationale. »

La politique de sécurité prévoit aussi le déploiement d’un réseau de caméras sur les lieux de vie, de nuit, les bâtiments publics communaux, mais aussi les cœurs de quartiers, les zones économiques et les transports, en particulier sur les lignes structurantes. Ce dispositif ira de pair avec l’installation d’un Centre de Supervision Urbain municipal. « Si une caméra n’empêche pas tout, elle dissuade. Et lorsqu’on a des agents formés, qualifiés et très performants, on vient trouver des éléments pour la résolution des enquêtes. »


Enfin, un contrat de sécurité intégrée sera signé avec Brest métropole habitat. « La première mouture est prête. Ma volonté, c'est que la police municipale puisse accéder aux parties communes des immeubles. L'étape d'après sera de voir comment, concrètement, aménager les propriétés de Bmh, en lien avec le domaine public, pour limiter les angles morts et faciliter l’intervention des forces de l’ordre dans les quartiers. »


La gestion de l’héritage

Parmi les dossiers hérités et sensibles, les Halles Saint-Louis. Là aussi, place à l’action immédiate. Les arbitrages ont été effectués et le nouveau calendrier des travaux incluant ceux de l’église et du parking Sain-Louis a été présenté aux commerçants le 27 avril. 


D’autres sujets sont aussi sur la table comme la rue Jean Jaurès qui n’en finit plus de souffrir, la fermeture du Printemps ou encore l’avenir incertain de Bouchara. « Le commerce est en mutation. On doit trouver de nouveaux points d'équilibre et de nouvelles activités commerciales qui ne souffrent pas de la concurrence d'Internet. »


Sur la place de la Liberté, les travaux prévus par l'ancienne équipe ont été validés après deux réunions techniques. Mais l'ambition est plus large : faire venir un urbaniste et un paysagiste pour casser le côté trop minéral de la place, végétaliser, sécuriser, « sans toucher au parking souterrain pour ne pas se lancer dans des travaux à plusieurs millions d’euros. Nous reviendrons durant le mandat avec un projet plus global pour la place de la Liberté ».


L’héritage comprend aussi les 35M€ de dépassement budgétaire de la ligne B du tram. « Ce qui me préoccupe, c'est qu’il pourrait être encore plus conséquent si nous ne trouvons pas d’accord avec les entreprises impliquées. N’oublions pas que nous parlons d'argent public. Tout ce qui sera mis en plus sur ce réseau, ce seront des moyens en moins sur d'autres politiques. »


Face à cette situation, l’ex candidat rappelle ne pas avoir fait de promesses de grand projet pharaonique. « Nous avons élaboré notre programme sur la base des documents budgétaires connus. En revanche, ce que nous ne connaissant pas encore, de sont les montants des enveloppes nécessaires à la rénovation de bon nombre d’installations, de bâtiments publics et d’équipements sportifs. Si je prends l’exemple des piscines, un plan métropolitain sur les huit communes est nécessaire. Et je le souligne, l’objectif est de permettre aux enfants brestois d'apprendre à nager et d’accompagner les clubs, dont le CNB, qui est l’un des meilleurs de France. »



Le manoir de Kerbriant et les temps forts brestois

Inconnu de beaucoup de Brestoises et Brestois, le manoir de Kerbriant s’est invité dans la campagne municipale.  « Ce ne sera plus un lieu de réceptions officielles » acte Stéphane Roudaut. « Son avenir exact reste à définir, plusieurs options sur la table. »


Pour rassurer les amateurs de concert à l’approche de l’été, Les jeudis du Port seront maintenus. « Ils font partie de l'histoire culturelle de la ville ». Tout comme les Fêtes maritimes. 


« En 92, j'y étais. En 96, j’y ai rencontré mon épouse, j'étais bénévole. Depuis je vais en famille à chaque édition. Pour moi ces éditions restent les plus belles parce qu’elles étaient vraiment populaires. Je ne dis pas que ça ne l'est plus. Je dis que ça ne l'est plus suffisamment aujourd'hui. »


Dans la même veine, Stéphane Roudaut, est aussi favorable au retour du carnaval, « à une condition : qu’il soit organiss dans les quartiers, avec l’implication de tous les acteurs, des habitants…».


Une politique sans angle mort

Certains prédisent qu'il délaissera les politiques sociales, culturelles, éducatives. Le maire répond sans ambages :


« À partir du moment où la loi donne une compétence à la ville ou à la métropole, on doit se l'accaparer, la définir, la prioriser, la mettre en trajectoire. On doit faire autant de sécurité que de solidarité et d'éducation. Je dois m'intéresser autant à la culture qu'au sport et à la vie locale, et c’est ce que je fais. Je n’ai et n’aurai pas d'angle mort. »

C’est dit, c’est clair. Trente jours après son élection, le maire est en place, la méthode Roudaut aussi.

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