"L’histoire est plurielle, et l’on ne peut décemment l’aborder que d’un seul côté du prisme"
- 12 mai
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Brest, 10 mai 2026,
Journée nationale des mémoires de la traite et de l'esclavage et de leurs abolitions
Discours de M. Stéphane ROUDAUT, maire de Brest
M. le Préfet du Finistère,M. le député, M. le sénateur,
Mesdames et messieurs les représentants de l’association “Mémoires des esclavages”,
Mesdames et messieurs,
Voilà désormais plus d’une décennie que cette œuvre monumentale attire le regard, comme un phare d’une éclairante portée sur une part sombre de notre histoire. Une lourde histoire, très méconnue à la pointe bretonne, que vous avez eu le mérite, messieurs Relouzat et Morvan, en imaginant et en sculptant cette œuvre, de porter à la connaissance de tous.
Car l’histoire est plurielle, et l’on ne peut décemment l’aborder que d’un seul côté du prisme. On ne peut se contenter d’évoquer les aspects glorieux d’une cité, de ne voir que la grandeur et le faste. Il convient aussi de sonder les mémoires cachées et oubliées. En s’abstenant de ce travail intellectuel salvateur, nous ne produirions qu’une mémoire biaisée, remplie de préjugés et de mythes. Nous passerions à côté de notre histoire.
Et en l'occurrence, celle de la traite négrière, de l’esclavage et de leurs abolitions. Un sujet majeur, tant il questionne 150 ans de notre histoire commune à Brest. Entre le XVIIe et le XIXe siècle, il est question d’environ 200 “expéditions” au départ de six ports du Finistère, dont Brest. Un chiffre relatif, au regard des expéditions négrières menées depuis les ports de Bordeaux, La Rochelle ou Nantes.
Mais quand bien même... si “Brest est un port mineur dans le commerce colonial français”, selon les propos de Karfa Diallo, fondateur de l’association Mémoires et partages, très investi sur ces questions historiques, cela n’en demeure pas moins une mémoire vive.
Car il est ici question d’êtres humains, de leur arrachement à leur terre natale à des fins commerciales, de la dépossession de leur dignité et de leur liberté.
Réduire uniquement cette mémoire à un aspect comptable, serait absolument dramatique, tant nous reproduirions les mécanismes insidieux de ceux et celles qui veulent nier les évidences. En la matière, les chiffres permettent de donner une échelle de comparaison, pas d'interroger les mémoires.
Pour cela, il faut un travail plus fin, qui permet de se rendre compte de l’existence de traces dans les archives, dans nos collections muséographiques et dans nos murs. Et ici, à la pointe du Finistère, si nos regards se portent souvent vers le large, nous savons également regarder, les yeux grands ouverts, toutes les pages de notre mémoire collective.

L’exercice n’est pas simple tant il hante encore, mais il est résolument nécessaire, en souvenir de ceux que l’on a arraché à leur terre natale. Nous avons su faire à Brest ce travail pour les bagnards, et je me réjouis que désormais, il en soit de même concernant la traite négrière, avec l’aide précieuse de l’association Mémoires des esclavages.
Abolie en 1794, puis rétablie en 1802, avant d’être définitivement abolie en 1848, l’esclavage est reconnu en France comme un crime contre l’humanité, depuis le 10 mai 2001, seulement...
Aujourd’hui, sur ce polder, vaste espace gagné sur la mer, retrouvons-nous ensemble autour des visages sculptés et faisons converger ces mémoires grâce à cet amer bien ancré. Avec ses 20 tonnes d’acier, il porte le poids des chaînes, le poids de l’histoire et celui d’un espoir, que disparaisse à jamais l’esclavage, fléau de l’humanité.
Je vous remercie.
Seul le prononcé fait foi
