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"Il y a des dates, il y a des jours que l’on retient. Ils marquent l’histoire"

  • 12 mai
  • 4 min de lecture

Brest, 8 mai 2026 81e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe

Discours de M. Stéphane Roudaut, maire de Brest


M. le sous-préfet,

Amiral,

M. le député, M. le sénateur,

Mesdames et messieurs les conseillers régionaux, départementaux et les élus,

Mesdames et messieurs,


Il y a des dates, il y a des jours que l’on retient. Ils marquent l’histoire. Et se font l’écho silencieux des armes qui fument et tonnent, puis des visages qui s’effacent.


Mai 1945. L'implacable étau des Alliés broie la machine de guerre nazi.


La Wehrmacht, après avoir marqué l’Europe au fer rouge, reflue désormais sur tous les fronts. Acculé à l’Est, enfermée à l’Ouest, la défaite du IIIe Reich est imminente.


Sur Berlin, les orgues de Staline jouent une mélodie terrifiante. Au loin le chant de la 2e Division Blindée des Français Libres de Leclerc s’élève jusqu’au Nid d’Aigle. À Berchtesgaden, toujours devant, ils passent en chantant, mais jamais ils ne s’arrêtent. Oui, la victoire n’attend pas.


Cette profonde incursion des Alliés en Allemagne fait également raisonner la symphonie d’un régime condamnable. Car si la Libération des stalags permet aux soldats français, prisonniers depuis la débâcle de 1940, de rentrer en leurs foyers ; en d’autres camps, les charniers de l’horreur se révèlent au grand jour. Les images des corps décharnés frappent un monde qui reste alors sans voix, atone. Le visage hideux de la Shoah se révèle.


En France, l’ivresse de la Libération retrouvée cède le pas à l’épuration, et sitôt l’occupant parti, la cacophonie des conflits retentit alors. Seule une solide emprise du Gouvernement provisoire de la République française permet de restaurer le droit et ne pas livrer le pays tout entier à une seconde terreur.


Et comme une maladie qui s’accroche, sur la façade Atlantique, les poches allemandes de Lorient et Saint-Nazaire résistent encore. Assiégées par les Américains et les Français, leur reddition ne sera actée que quelques jours après la capitulation, sans condition, de l’Allemagne nazie.


À Brest, le déluge de fer s’est enfin arrêté, après quatre années de bombardements. En mai 1945, cela fait désormais huit mois que les occupants de la festung de Brest ont été chassés, après 43 jours de combats acharnés, aux prix de plus de 2 600 alliés tombés ici pour notre liberté. En juillet, le général de Gaulle, acclamé, vient se rendre compte de l'étendue des dégâts dans un Brest lui aussi martyrisé. Lors de son passage, il rend hommage aux victimes brestoises et remet des décorations à des résistants et Français libres.


Parmi eux, il fait Compagnon de la Libération Charles Le Goasguen. La reconnaissance suprême qu’ont également obtenue 16 autres Brestois. Mardi dernier, nous leur avons dédié un moment solennel avec les écoliers de la ville, devant la stèle de l’héroïque sous-marin Narval, près du château.


Car Brest n’oublie pas sa compagnie de héros clandestins, qui dans les heures les plus sombres, ont tout donné, jusqu’à leur vie. Brest n’oublie pas : les 201 noms de rues attribués à des unités, faits de guerre ou personnalités liés à la Seconde Guerre le prouvent:


  • L’avenue Victor Le Gorgeu à Bellevue, rendant hommage au maire sénateur, l’âme vive de la Résistance dans le département

  • La rue Mathieu Donnart dans le centre, pour se rappeler du chef départemental des FFI, fauché la veille de la Libération

  • La rue Alice Coudol aux Quatre Moulins, pour ne pas oublier cette jeune et téméraire agente de liaison, massacrée à 21 ans à Pforzheim

  • La rue Louis Le Guen à Saint-Marc, du nom de ce résistant communiste, fusillé avec 18 camarades au Mont-Valérien

  • La rue François Fouquat dans le quartier de l’Europe, pour ce jeune apprenti de l’arsenal, qui a 17 ans seulement rejoignait le général de Gaulle et trouva la mort en juin 1944 sur le champ de bataille,


Et dernièrement, l’ajout d’une rue à Lambézellec pour Jeanne Bohec, partie de Brest en juin 1940, parachutée en France occupée pour instruire les maquisards au maniement des explosifs. Souvenons-nous d’elle.


Et de tous ces noms, figés sur des plaques de rue, car ils résonnent chaque jour dans notre quotidien. Cette mémoire est bien vivante, vivante comme les Brestois de 1945 : accablés par l’ampleur des destructions, mais dotés d’une puissante abnégation.


D’une ville aux ruines encore fumantes, ils ont rebâti leur cadre de vie, avec nostalgie mais surtout l’envie et l’esprit d’entraide et de solidarité naît dans les quartiers des baraques.

La première pierre de cet immense chantier de reconstruction fut posée dès octobre 1944, avec la fusion de Saint-Marc, Lambézellec et Saint-Pierre- Quilbignon avec Brest.


Une nouvelle ville, une cartographie remaniée, des rues redessinées et les remparts arasés. Architectes, ouvriers et commerçants ont capitalisé des décombres de la guerre, pour produire les dividendes de la paix. En ce mois de mai 1945, tout est encore à faire, mais les promesses sont immenses.


Une reconstruction longue, harassante, avec pour seul foyer, des baraques spartiates. Mais de mémoire de Brestois, pour quasiment tous, ce fut une vie simple et heureuse, faits d’amitié et de solidarité.


Pour d’autres, la reconstruction est faite de douleur. Plusieurs enfants, jouant avec des munitions et plusieurs démineurs, s’activant à dépolluer les ruines, trouveront la mort bien après que les combats aient cessé. C’est en leur mémoire, que nous avons fait une halte au square Marc Sangnier, pour qu’eux aussi, ne soient pas oubliés.


Car l'oubli serait la pire chose à pouvoir arriver, à l’heure des résurgences du passé.

Ce n’est qu’à la fin du trop long cauchemar de la Seconde Guerre mondiale, qu’est née l’Union européenne. Alors faisons comme Robert Schuman, travaillons à bâtir des ponts, pour que les ruines de nos divisions scellent notre ambition d’un monde apaisé. L’histoire est notre richesse, le patrimoine son souvenir.


Photos © Sébastien Durand/Brest métropole
Photos © Sébastien Durand/Brest métropole

Stéphane Roudaut

Maire de Brest


Seul le prononcé fait foi



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