Cérémonie de la Libération de Brest
Dernière mise à jour : 27 sept.
Monsieur le Sous-préfet,
Amiral,
Monsieur le Député, Madame et Monsieur les Sénateurs,
Mesdames, Messieurs les élus,
Mesdames, Messieurs les représentants des associations patriotiques, et des descendants des Disparus de Pontaniou,
Mesdames, Messieurs ;
Il suffit de parcourir notre ville, d’en regarder les photographies d’avant-guerre, de chercher certaines rues disparues, certains immeubles, pour mesurer l’ampleur et les conséquences de la Seconde Guerre mondiale.
Car avant d’être cette ville libérée, dont nous avons toutes et tous les photos en tête, Brest fut une ville occupée. Avant d’être une ville reconstruite, elle fut une ville martyrisée. Et avant même que les armées alliées n’arrivent aux portes de la cité, des femmes et des hommes avaient déjà choisi de lutter contre l’Occupant.
Très tôt ici, oui ici, à l’arsenal, là en ville, on renseigne, on cache, imprime, sabote. On récupère des armes, aide ceux qui rejoignent la France libre. On observe les mouvements des navires allemands dans la rade et l’on transmet des informations à Londres.
À Brest, la Résistance prend plusieurs visages, plusieurs chemins et couleurs politiques. Cette Résistance, bien que plurielle, est unie dans sa diversité, mue par une seule même volonté : refuser l’asservissement, refuser la honte et le déshonneur.
Cet esprit de Résistance caractérise profondément notre ville et cela, la République l’a reconnu en décernant à Brest, en 1947, la médaille de la Résistance française.
L’an prochain, cela fera 80 ans que notre ville fait partie de ce cercle très restreint des 18 collectivités en France à avoir reçu cet honneur et nous marquerons, ensemble, cet anniversaire.
Cette rare distinction, qui honore notre ville tout entière, nous la devons à celles et ceux qui, dans l’ombre, avaient choisi la liberté, souvent au péril de leur jeune vie…
Roger Bothuan, instituteur de Kerlouan, 33 ans,
Joseph Lainé, ouvrier de l’arsenal, 19 ans,
Jean Seach, électricien de Locmaria-Berrien, 22 ans…
Pontaniou, prison que tant de Brestois associent d’abord à l’histoire maritime de notre ville, fut aussi pendant l’Occupation, un lieu d’enfermement pour des centaines de résistants, dans l’attente d’un destin incertain.
Cela vient d’ailleurs d’être rappelé par Jean-Yves Guengant, historien et auteur, ainsi qu’Hélène Pengam, nièce du résistant François Pengam.
Entassés dans le froid des cellules miteuses, attendant leurs interrogatoires, la torture, leurs jugements, déportations ou exécutions…
Étienne Bothorel, manœuvre à Brest, 17 ans,
Alain Daniel, boulanger à Landerneau, 21 ans…
Et dans les premières heures du 7 août 1944, alors que débute la Libération de l’arrondissement de Brest, des dizaines de résistants sont extraits de Pontaniou. Ils vont disparaître dans les limbes de la répression de l’occupant. C’est l’acharnement.
Alexandre Nédélec, artisan peintre au Faou, 33 ans,
Corentin Marchadour, boucher de Plomodiern, 21 ans…
La date du 7 août 1944 résonne tragiquement dans tout le pays de Brest. Car le même jour, à quelques kilomètres d’ici, Gouesnou connaît l’une des pages les plus sombres de son histoire : le massacre de Penguérec. Le plus odieux et plus grave de tout l’Ouest.
Là encore, des hommes et des femmes sont emportés par la violence de l’occupant.
Pontaniou. Penguérec. Deux lieux différents. Deux histoires différentes qu’il ne faut pas confondre. Mais une même journée tragique, au moment où l’occupant comprend que la défaite approche et que la guerre arrive aux portes de Brest.
Le 7 août 1944, les premiers éléments de la 6e Division blindée américaine atteignent les défenses de la forteresse. Cependant, la prise rapide du port espérée par les Alliés échoue. Commence alors une autre bataille, longue, dure, méthodique : Brest est assiégée.
Sous le commandement du général Troy Middleton, se déploient bientôt des dizaines de milliers de GI’s. Trois grandes divisions d’infanterie vont porter l'essentiel de l'assaut : la 29e Division à l’ouest, la 8e Division au nord et la 2e Division à l’est. Et dans cet assaut, les Américains ne sont pas seuls :
Non, ils ne sont pas seuls. Les F.F.I de tout le pays de Brest, commandés par Joseph Garion puis Baptiste Faucher, dit Commandant Louis, participent eux aussi, à leur échelle et avec leurs moyens, à cette libération tant attendue.
Les britanniques de l’indomptable Winston Chrurchill sont là également, lorsque débute l'offensive générale contre la forteresse, la festung de Brest. Dans les airs avec leurs bombardiers, au large grâce au cuirassé HMS Warspite, tandis qu’au sol, les chars lance-flammes du 141e Régiment blindé s’élancent vers le Fort Montbarey.
Ainsi, quatre ans après les heures les plus sombres de 1940, Américains, Britanniques, Français libres et Résistants combattent à nouveau pour une même cause : La Liberté.
Mais cette liberté coûte terriblement cher. Jour après jour, le cercle se resserre ; Plougastel, Saint-Pierre, Guilers, Lambézellec, Recouvrance : partout, les combats sont acharnés. Quartier par quartier, rue après rue. Les pertes immenses. Plus de 2 600 américains y laisseront la vie.
L'artillerie tonne, les avions frappent, les immeubles s'effondrent.
Et au milieu de ce déluge de feu, quelques milliers de civils vivent encore dans Brest ou tentent d'y survivre. Dans la nuit du 8 au 9 septembre survient encore l'une des plus terribles tragédies de notre histoire : l'explosion de l'abri Sadi-Carnot, où plus de 300 civils, fonctionnaires, femmes et enfants périssent.
Lorsque les armes se taisent enfin, le 18 septembre 1944, Brest est libre. Libre certes, mais surtout à terre. Le spectacle est presque irréel.
Le centre historique a disparu sous les bombes et les obus. Des rues entières ne sont plus que des alignements de façades éventrées. Le port est ravagé. L’arsenal est dévasté. Des milliers de familles n'ont plus de maison.
De la ville d’avant-guerre, il ne reste parfois que des pans de murs dressés au milieu des gravats.
Alors commence une autre bataille. Silencieuse celle-là. Une bataille sans fusils, sans canons et sans uniformes : . La reconstruction.
Il faut déblayer des centaines de milliers de tonnes de ruines, rétablir l'eau, l'électricité, les routes, retrouver un toit, rouvrir les commerces, les écoles et les ateliers. Il faut surtout recommencer à vivre. Alors apparaissent les baraques.
Ces constructions de bois et de matériaux provisoires devaient répondre à l’urgence. Elles vont finalement devenir le cœur battant d’un Brest renaissant.
Une ville où l'on travaille, où l'on se retrouve, où l'on se marie, où des enfants naissent et grandissent. Une ville parfois précaire, souvent difficile, mais dont beaucoup de Brestois conserveront paradoxalement le souvenir heureux, d’une formidable entraide.
Cet esprit des baraques a forgé des générations de Brestois solidaires, qui ont insufflé une vitalité dans notre tissu social et sportif.
Je salue chaleureusement et du fond du cœur l’association des Amis des Baraques et notamment, Ollivier Disarbois, d’avoir collecté et conservé tant de beaux témoignages de cette période.
J’invite d’ailleurs tous les Brestois qui ont vécu cette période singulière, à prendre la parole ou à écrire leurs souvenirs pour nous les transmettre. Votre génération nous inspire contre le fatalisme.
Et durant ce temps des baraques, sur les plans de Jean-Baptiste Mathon, une ville nouvelle s’élève progressivement. Une ville différente. Plus ouverte. Plus régulière. Une ville tournée vers l’avenir. C'est cette ville dont nous sommes aujourd'hui les héritiers. Brest porte donc en elle plusieurs renaissances.
Car derrière la médaille de la Résistance, derrière Pontaniou et Sadi-Carnot, derrière les ruines de septembre 1944 et les baraques de l'après-guerre, il y a toujours des visages. Des destins. Des familles.
Des femmes et des hommes ordinaires placés face à des circonstances extraordinaires.
Et si Brest s'est relevée, si Brest a grandi, si Brest est aujourd'hui cette belle ville profondément attachée à la liberté, c'est aussi parce qu'elle n'a jamais oublié ce qu'il lui en avait coûté de la perdre.
Voilà pourquoi notre mémoire ne doit jamais être une simple contemplation du passé. Elle doit incarner notre vision et notre cap. Et quoi de plus beau dans cette Mémoire très actuelle, que d’être porte-drapeaux ou de s’investir dans une association patriotique ou de mémoire. Cela a du sens, du bon sens même. Mesdames, messieurs, sachez que la ville est à vos côtés.
Une ville peut être détruite et se relever. Une population peut être meurtrie et se reconstruire. Mais la liberté, elle, n'est jamais définitivement acquise. C'est sans doute cela, au fond, l'esprit de Résistance.
Et à Brest, cet esprit demeure et souffle dans nos rues.
Stéphane Roudaut Maire de Brest Seul le prononcé fait foi Photo © Sébastien Durand/Brest métropole
