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Brest face à la sécheresse : interview d’Axelle Lamour, vice-présidente de Brest Métropole en charge de l’eau et des espaces naturels sensibles

  • 24 juil.
  • 4 min de lecture

Depuis le 20 juillet, le Finistère, impacté par trois épisodes de canicule, est placé en alerte renforcée sécheresse. Face à lurgence, Axelle Lamour, appelle à une prise de conscience et à un effort de sobriété collective.


La Bretagne aussi en première ligne du changement climatique

UNHPB : Depuis plusieurs jours, le Finistère est placé en alerte renforcée sécheresse, avec un niveau 3 sur 4. Un seuil critique qui surprend, car on imagine souvent la Bretagne comme une région pluvieuse, épargnée par le changement climatique, ce qui est faux.


Axelle Lamour : Absolument, et nous avons besoin de combattre ce préjugé.


Le changement climatique n’épargne personne, y compris la pointe bretonne !

Nous sommes désormais soumis comme les autres régions à un régime d’extrêmes : trop d’eau l’hiver, pas assez l’été. Cette année, nous avons déjà connu 16 jours au-dessus de 30°C, alors que la moyenne annuelle est de 0,8 jour. Les canicules durent une semaine, voire dix jours, et l’évapotranspiration aggrave la pénurie : l’eau s’évapore, les sols se dessèchent, et les nappes phréatiques ne se rechargent pas. 



UNHPB : Peut-on imaginer des coupures d’eau à Brest cet été ?


AL : En 2022, sur la métropole brestoise, nous étions à deux semaines d’instaurer des coupures d’eau pour les particuliers. Ce risque est de nouveau d’actualité. Il faut être conscient que nos sols sont granitiques ou schisteux, ce qui signifie qu’ils ne stockent presque pas l’eau. Résultat : nous dépendons à 75 % de l’eau de surface (cours d’eau, plans d’eau, réservoirs…). Et quand les cours d’eau baissent, comme c’est le cas aujourd’hui, la crise devient immédiate. Et ce qui m’inquiète, c’est que dans le plan ORSEC (Organisation de la Réponse de la Sécurité Civile) Eau potable, en cas de pénurie extrême, les particuliers sont les derniers servis, derrière les activités économiques. À Pontivy, ils ont déjà inversé la tendance en priorisant l’eau pour l’hôpital et les habitants. Une initiative qu’il serait bon d’envisager sur notre territoire.


« Sans sobriété, ça va être très compliqué »

UNHPB : Face à cette urgence, que peut-on faire ?


AL : Déjà, prendre réellement conscience de la gravité de la situation. S’émouvoir ne suffit plus. Le sentiment de responsabilité collective doit primer, l’eau est un bien commun, une ressource vitale. Sans eau, pas de vie. Le préfet prend des mesures avec l’alerte sécheresse renforcée, mais nous sommes toutes et tous concernés et en capacité d’agir notamment en respectant des mesures de sobriété.


Sur la métropole, nous consommons 117 litres d’eau par jour et par habitant, contre 140 en moyenne nationale. C’est bien, mais il faut aller plus loin. Respecter les heures d’arrosage, les possibilités de remplissage des piscines, ne pas nettoyer sa voiture, sa façade, la coque de son bateau, installer des mousseurs sur les robinets, des récupérateurs d’eau de pluie, prendre des douches plus courtes…


De nombreux gestes semblent futiles mais sont pourtant utiles. Et dans l’urgence, à défaut de mieux, la sobriété est la seule option pour préserver la ressource en eau.

UNHPB : Au-delà de la sobriété, faut-il repenser la politique de l’eau ?


AL : Oui, et rapidement. Il faut renforcer la solidarité territoriale : Brest métropole partage sa ressource principale, l’Élorn, avec d’autres collectivités comme le Pays des Abers ou le Pays de l’Iroise. Si la ressource vient à manquer, le prix de l’eau va augmenter, et ça touchera d’abord les plus précaires.


L’eau, un enjeu politique et social explosif

UNHPB : Que pensez-vous de la loi d’urgence agricole récemment adoptée, qui donne la priorité à l’usage agricole de l’eau ?


AL : Cette loi déséquilibre la gouvernance locale de l’eau. Aujourd’hui, les Parlements de l’eau qui réunissent élus, agriculteurs, pêcheurs, associations risquent de voir leur poids réduit au profit de la seule profession agricole. Or l’eau, c’est l’affaire de toutes et tous. Cette décision aura des impacts sur les personnes mais aussi sur d’autres activités, comme la pêche, directement concernée par les pollutions. Et s’il est important de préserver la ressource en volume, il est tout aussi important de garantir la qualité d’eau nécessaire à la préservation d’écosystèmes sains. Tout est lié.


De plus, cette loi envoie un très mauvais signal aux citoyennes et aux citoyens. C’est compliqué de leur demander de faire des efforts quand on ouvre le robinet à fond pour l’agriculture qui consomme déjà 58% de l’eau douce en France, en faisant fi des enjeux de transition écologique. C’est incohérent.


Des solutions ? Oui, mais pas de miracle

UNHPB : Quelles solutions pour faire mieux demain ?


AL : Il n’y a pas de solutions miracles immédiates. Des projets comme la réhabilitation d’anciennes carrières en réserves d’eau sont étudiés par le conseil départemental pour stocker l’eau de pluie hivernale. Ce sont des solutions intéressantes mais pour le long terme.


UNHPB : Et le dessalement de l’eau de mer ?


AL : C’est une fausse bonne idée ! C’est extrêmement cher, très énergivore et polluant avec des rejets de saumure qui détruisent les écosystèmes marins. C’est une solution pour des îles comme Molène qui n’ont pas d’autre option, mais ce n’est pas envisageable pour des territoires comme la métropole brestoise. 


UNHPB : Alors, que faire pour éviter la guerre de l’eau ?


AL : Agir sur tous les leviers ! La sobriété, pour réduire encore notre consommation quotidienne et celle des différentes activités économiques. La solidarité, pour partager la ressource entre territoires, et l’innovation pour dessiner de nouvelles solutions. La question de la gouvernance sera aussi importante avec des choix de priorités à opérer.



Pour aller plus loin…


En janvier dernier, l’ONU a déclaré la planète en « faillite hydrique ». Un état irréversible où il n’y aurait plus assez d’eau pour satisfaire tous les besoins. En France, les nappes phréatiques pourraient baisser de 10 à 25 % dans les cinquante prochaines années, le débit des fleuves et rivières devenir de plus en plus faible. En 2025, 43 % du territoire a été soumis à des restrictions liées à l’eau. Ce chiffre pourrait s’élever à 88 % d’ici 2050, selon le Haut-Commissariat au Plan, qui appelle à une « transformation radicale des usages ».

 
 
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