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27 juin : "Mers el-Kébir ne doit être ni un prétexte à la rancœur éternelle, ni une page que l'on referme dans l'oubli"

  • 10 juil.
  • 3 min de lecture

Cérémonie d’hommage aux marins de Mers el Kébir

 

Monsieur le Sous-préfet,

Amiral,

Monsieur le Député, Madame et Monsieur les Sénateurs,

Mesdames, Messieurs les élus,

Mesdames, Messieurs les représentants des associations patriotiques,

Mesdames, Messieurs les descendants des marins de Mers el-Kébir,

 

Il est des jours que l'Histoire retient, oui, des jours où le fracas des canons couvre la voix de la fraternité et où les amitiés s'abîment dans les abysses de la guerre. Mers el-Kébir est de ceux-là…

 

Dans le calme apparent du 3 juillet 1940, qui contraste avec l’absolue tension du moment en Europe, à 1 450 kilomètres du port militaire de Brest, il se trame un drame dans celui de Mers el-Kébir.

 

Sous le soleil éclatant d'Algérie, dans cette rade paisible, une tempête d’acier venant du Nord-Est se lève et s’apprête à s’abattre de manière implacable sur les navires français amarrés à quai.

 

Convoitée par les Allemands, la flotte française avait déjà mené à leur course folle vers Brest quelques jours auparavant. Sauvée une première fois, et repliée en Afrique, elle ne doit surtout pas tomber aux mains de l’ennemi. C’est, pour les Anglais, désormais sous la menace d’une invasion et bien seuls dans leur combat contre le IIIe Reich, une affaire épineuse, une question de survie.

 

L’Armistice a épargné nos redoutables cuirassés et autres navires dans leur intégralité, les Anglais ne veulent rien risquer et dans une vaste opération, tentent d’en prendre le contrôle ou de les ventiler hors de portée de leurs intérêts, avant que les Allemands ne les saisissent.

 

Un choix dur, amer, mais nécessaire à leurs yeux, qui justifie l’ultimatum imposé aux français, et les suites fratricides qui en découlent. Oui, le 3 juillet 1940, est désormais, comme Mers el-Kébir, teinté des couleurs rouge et noire, de sang et de mazout.

 

Car ceux qui, hier encore, combattaient côte à côte contre un même ennemi, se trouvent soudain séparés par l'abîme des nécessités stratégiques, des peurs et des incertitudes d'un monde en train de s'effondrer.

 

Alors retentissent canons, torpilles, mines et mitrailleuses… En quelques instants, la mer Méditerranée, berceau des civilisations et des échanges entre les peuples, devient le théâtre d’une tragédie et le tombeau de plus d'un millier de marins français.

 

Des hommes de devoir, des fils, des époux, des pères, tombent non sous les coups d'un adversaire bien identifié, mais sous le feu d'une nation amie, alliée la veille et sœur d'armes dans les combats récents face aux Allemands.

 

C’est pourquoi ce matin, je pense avec force à René Calvarin de Brest, 30 ans, Jean Floch de Saint-Pierre-Quilbignon, 27 ans, Joseph Kerriguy de Lambézellec, 36 ans et Marcel Morvan de Saint-Marc, 21 ans, frappés par la foudre fratricide à Mers el-Kébir, avec tant d’autres Brestois, Bretons et Français. À jamais, ils laissent dans leur sillage, une blessure, une meurtrissure dont les cicatrices traversent les générations.

 

Mais Mers el-Kébir ne doit être ni un prétexte à la rancœur éternelle, ni une page que l'on referme dans l'oubli.

Cette cruelle attaque doit demeurer un temps de mémoire, de recueillement et de réflexion. Car honorer les morts, c'est aussi comprendre la complexité de leur destin, reconnaître leur sacrifice et méditer sur les ravages de la guerre lorsqu'elle déchire jusqu'aux liens d'amitié.

 

Nous entendons encore, et encore, dans le silence des flots, l'écho du courage et de l'abnégation de ses marins pris dans un fatal destin. Leur mémoire appartient à la France, mais elle appartient aussi à l'humanité tout entière, comme un avertissement solennel contre la fatalité des divisions.

 

Que le souvenir de Mers el-Kébir nous inspire, non la haine, mais bien la sagesse ; non le ressentiment, mais la volonté inébranlable de préserver nos alliances, particulièrement dans les moments d’errances.

 

D’errances, il n’y en a désormais plus, grâce à cette boussole mémorielle, ancrée comme la tourelle d’un cuirassé, aux portes de l’immensité de l’océan.

Et c’est à vous, Jean-Aristide Brument, et toutes les familles ici présentes, que l’on doit ce sanctuaire d’histoire et de mémoire.


Je n’oublie pas votre emblématique prédécesseur, Hervé Grall, qui nous a quittés en mai dernier, qui avait tant fait, avec sa maman Herveline avant lui, pour créer et faire vivre votre association. Il y a d’eux, en ce lieu, il y a de vous, toutes et tous, dans cette œuvre.

 

Aussi, je remercie toutes celles et ceux qui ont contribué à sa réalisation, qui rappelle avec solennité et pour la postérité, l’identité de ces marins.

 

Que leur mémoire puisse demeurer éternelle, c’est un souhait, c’est un cap.


                                                                                             Stéphane Roudaut

                                                                                     Maire de Brest


Seul le prononcé fait foi



© Sébastien Durand/Brest métropole

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